Conseils et impressions – un semestre à Shanghai

Note : voici le rapport de fin de séjour remis à la région Rhône-Alpes concernant mon échange à l’ECNU de Shanghai et mes sentiments généraux sur la Chine et Shanghai.

Vous y trouverez plusieurs notes qui pourront être utiles à tout étudiant désirant poursuivre ses études à Shanghai, le tout de manière succinte :

  • La vie pratique (logement / argent / santé / télécommunications / vie universitaire / vie quotidienne)
  • Un bilan plus personnel sur ce semestre.

Rapport de fin de séjour

Semestre d’échange – ENS Lyon / ECNU

Note introductive : les montants exprimés en RMB (人民币 – Renminbi) peuvent être convertis en euros de la manière suivante : en divisant par huit pour obtenir un Euro, c’est à dire 80 RMB pour 10 euros.

Vie Pratique  à Shanghai:

Mon arrivée à Shanghai s’est bien déroulée car j’ai déjà séjourné plus d’une année académique dans cette ville de Chine. Il faut dire que Shanghai se révèle être une ville très pratique, sans grande surprise, pour peu que l’on parle un mandarin correct, ce qui était le cas.

Concernant le logement, j’ai décidé de ne pas choisir une chambre sur le Campus de l’ECNU (East China Normal University 华东师范大学) afin d’économiser. Les chambres sont vraiment très chères pour un espace minime. Le quartier de l’Université est situé à l’ouest de Shanghai et les prix au mètre carré se révèlent être un tiers moins cher que dans le centre. Il suffit de franchir le fleuve pour se retrouver au centre.  Ce qui est intéressant en Chine et à Shanghai est que pour trouver un logement, il suffit soit de consulter les annonces sur Internet (comme baixingwang.com) ou de se promener dans la rue et de demander aux agences locales ses souhaits pour un appartement. Le gros problème étant pour les étrangers la barrière de la langue. Une fois cette barrière passée, le nombre d’appartements à visiter est large, vaste et il faudra tout de même faire attention à plusieurs détails. Tout d’abord, le bruit. Le bruit peut paraître anodin lorsque l’on visite un appartement, mais après plusieurs semaines, il peut nous rendre de bien mauvaise humeur. Ensuite, les prix. Les tarifs proposés par les agences ou les sites Internet peuvent être « gonflés » artificiellement et il n’est pas rare de croiser des étrangers avec des appartements surcotés. Ensuite, il faut toujours vérifier l’exactitude des documents du propriétaire et son titre de propriété afin d’éviter tout problème futur. Ensuite, sachez qu’une agence prendra en moyenne 30% du loyer en frais d’agence. Dans mon cas, j’ai pu trouver un appartement d’une trentaine de mètres carré à 1300 RMB (160 euros en juin 2012) à 3 minutes du campus. Ceci est à comparer aux plus de 3000 RMB (360 euros) proposés pour une simple chambre sur le campus. En deux mots, si vous avez le temps, essayez de trouver un appartement, soit seul, soit en colocation. L’ultime problème est de trouver des baux correspondants à la durée de votre séjour. Comptez généralement 付三押一 c’est à dire 3 mois de loyer et un mois de caution pour les appartements.

Dernière note très importante : après la signature du bail, n’oubliez pas, vous et le propriétaire de vous déclarer au poste de police le plus proche (派出所) . Il vous sera demandé votre passeport et votre bail.

Au niveau des problèmes monétaires, le taux de change est cette année extrêmement défavorable envers l’Euro. Cela implique qu’il faudra toujours compter une marge de 10% durant le séjour ce qui représente une coquette somme. Concernant l’utilisation d’une carte bancaire, il est toujours recommandé de souscrire à une carte « gold / premier » en raison des assurances proposées (en cas d’utilisation frauduleuse ou de vol) mais aussi pour pouvoir retirer de l’argent en tout sérénité, sans craindre le « refus » en face du Distributeur automatique de billets. Une dernière chose est qu’il est impossible de retirer plus de 2500 RMB et qu’il faut se concentrer sur les banques nationales et non locales (Bank Of China, of Agriculture, of Communication). Certaines banques locales refusent les retraits, je ne sais pas pourquoi. Niveau frais, comptez un frais fixe suivant votre banque et un pourcentage de l’ordre de 2% à chaque retrait. La dernière solution est d’ouvrir un compte à la HSBC mais la mise en place d’un dossier se révèle très complexe. Enfin, si vous souhaitez ouvrir un compte en Chine, cela est très simple mais comptez des frais de change importants et des virements pouvant atteindre deux semaines pour transférer de l’argent de votre compte français au compte chinois.

Au niveau santé, en ayant le statut étudiant, vous disposerez d’une couverture santé « obligatoire » qui vous coûtera 400 RMB en début de semestre. Toutefois, cette couverture ne couvre que les décès ou accidents très graves. Pensez sérieusement à opter pour une assurance multirisque à l’International (mais je vous déconseille fortement la LMDE – bureaucratie et délais de plusieurs mois pour la moindre réponse). Sans assurance, les frais de santé en Chine se révèlent trop importants, le système étant en majeure partie privé – évitez les hôpitaux publics.

Au niveau des télécommunications, la Chine est très bien en ce qui concerne la facilité à pouvoir se connecter et téléphoner. Après avoir acheté une carte SIM (comptez 80 RMB dont 40 RMB de crédits inclus), il vous faudra juste un téléphone débloqué et ce sera très facile d’appeler. A Shanghai, la plupart des « épiceries » ouvertes 24h sur 24 vous proposeront de recharger votre crédit (c’est un système « mobicarte ») simplement. Il suffira de dire les mots 中国移动 (zhongguo yidong) et le montant souhaité. Je tiens avec une utilisation raisonnable environ 1 mois avec une recharge de 100RMB.  Pour Internet, oubliez Facebook et Twitter, les sites sont bloqués par le « Great Firewall of China » et il vous faudra un VPN (Virtual Personal Network) pour y accéder (tout comme Youtube). Je vous conseille Astrill, certains VPN « gratuits » pouvant être dangereux pour vos informations personnelles. Pour les contacts avec la famille, Skype marche très bien en Chine, et le seul inconvénient reste le décalage horaire. Concernant Internet, comptez 30 RMB par mois en colocation, 200 RMB par mois pour un abonnement correct et jusqu’à 400 RMB pour une connexion très rapide. Shanghai est de ce point de vue là, en avance par rapport au reste de la Chine.

Pour l’Université, l’inscription s’est déroulée sans encombre et la qualité des cours se fera sentir individuellement. Disons que la méthode utilisée n’est pas la meilleure pour apprendre le chinois, qui est une langue « vivante » avant d’être une langue écrite (aujourd’hui). Le gros problème étant que les professeurs, qui sont compétents n’ont jamais été confrontés à l’apprentissage d’une langue étrangère. Cela rend les cours parfois ennuyeux. Les classes sont arrangées par niveaux, et il faut tout de même étudier chez soi et parler en dehors des cours pour faire des progrès réels. Assister à un cours ne suffira généralement pas en raison d’une méthode un peu archaïque qui, pour le chinois se focalise sur :

  • Nouveaux mots (生词) : l’emploi et l’utilisation grammaticale mais au bout de 90 mots, les élèves ont tendance à perdre le fil.
  • Nouveau texte (文章): soit lu et expliqué rapidement, soit décortiqué mais de manière aléatoire. Les textes sont par ailleurs complètement en dehors de la réalité, souvent trop culturels et manquent de contemporanéité.
  • Ecoute (听力): certainement la pire des classes qui consiste à écouter des pistes audio et à cocher un QCM, le tout sans jamais participer.
  • Le cours d’Oral (口语): qui généralement ne propose pas réellement aux étudiants de participer mais beaucoup plus à employer aveuglément une structure grammaticale nouvellement apprise (Même si …. Alors je….).

Les cours ne sont pas mauvais en soi, mais la méthode montre ses limites et n’invite pas s’exprimer, à construire un vocabulaire cohérent et les classes tendent à se vider au fil du semestre. Cela n’est pas la faute des professeurs mais de la pédagogie adoptée. Il faut se tourner vers les relations sociales de l’étudiant et son travail personnel qui auront un impact plus significatif que les cours (hormis l’écrit et la compréhension). Enfin, les cours devraient aborder des problèmes contemporains, car la grande majorité des camarades de classes sont avant tout des étudiants non pas de « chinois » et « culture chinoise » mais de gestion, d’économie, de sociologie et il faudrait comprendre la Chine d’aujourd’hui à un certain niveau et non pas ce que mangent certaines minorités dans certaines provinces – même si les traditions sont importantes, cela n’est pas forcément très intéressant.

Pour la vie quotidienne, le climat shanghaïen se rapproche d’un climat tempéré comme en France, avec comme seule différence plus de précipitations et un été/hiver humide et chaud/froid. Le rythme de vie est le même qu’en France, bien que décalé en avance (on mange plus tôt), Shanghai reste une ville moderne et on y trouve tout type de mets à toute heure. Le réseau de transport est formidable (13 lignes de métro) même s’il ferme un peu tôt (23h). Il y aura toujours la solution de prendre un taxi mais cela s’avèrera plus cher à long terme que les abonnements transports proposés en France. La carte de transport est très pratique (20 RMB de caution et ensuite c’est « à la carte » en la rechargeant).  Shanghai propose un vaste choix de nourriture et cela dépendra des goûts de chacun. Pour les loisirs, les excursions aux alentours pour les week-ends sont nombreuses et tous les campus sont très bien équipés en équipements sportifs.

Bilan et suggestions

Dans l’ensemble, le bilan de séjour est très bon. Shanghai se révèle être une ville accessible mais avec beaucoup de pièges pour l’apprentissage du mandarin. Les progrès en chinois se feront selon chaque caractère et il faut faire attention de ne pas être trop « entre étrangers » pour constater de réels progrès. L’objectif d’améliorer le mandarin est rempli tout comme la rédaction de mon mémoire sur Sina Weibo (新郎微波), le micro-blogging en Chine. Il aura fallu être en Chine pour interroger et suivre l’actualité utilisée pour la rédaction des recherches. L’ECNU est une très bonne université, très vivante et j’ai rencontré des gens très intéressants. Au niveau des difficultés, je dirais que je n’en ai eu aucune à part le fait que certains cours étaient vraiment faits pour les « enfants » et non pas pour des étudiants de Master. Il serait vraiment très utile d’accorder quelques matières de spécialités (comme les études politiques asiatiques) en plus des cours qui n’ont lieu que le matin. Cela peut-être frustrant de n’avoir que des cours de langues et non pas des approches plus académiques sur la Chine et son système alors que cela est possible. Mes projets en Chine sont parfaitement réalisés puisque je prolonge mon séjour de 10 mois à travers un stage au Consulat général français de Shanghai. Sans un meilleur niveau de chinois et cet échange, cela m’aurait été beaucoup plus difficile d’y accéder. J’ai aussi décidé de partager mes recherches et mon expérience en Chine sur mon blog (maikeximu.com) et il s’avère qu’il manque encore énormément d’informations sur la Chine en français. En effet, la plupart des documents sur lesquels mes recherches s’appuient sont soit en langue anglaise ou chinoise.

Niveau encadrement, je pense que nous ne sommes plus des enfants mais il serait souhaitable à l’avenir de se concentrer sur les projets de l’étudiant et ses spécialités plutôt que de se contenter de dispenser des cours de langues (surtout que la majorité des universités ont des cours en anglais). De plus, étudier sa spécialité permettrait de rencontrer d’autres étudiants chinois, et de partager des connaissances. Les cours de chinois sont bons mais ils manquent de pédagogie et de réelles plus-values. J’ai déjà une expérience de Shanghai donc les réflexes en arrivant n’ont pas été les mêmes qu’un premier séjour en Chine.

Si je devais partir à nouveau à l’étranger, j’essaierai d’éviter les cours de langue afin de m’immerger complètement et localement. Pour partir en Chine, essayez de suive quelques conseils et même si la tentation est grande de sortir et de voyager, sachez que l’apprentissage du chinois reste un long et grand chemin. Sans travail, le niveau restera « basique ». Enfin, essayez d’engager la conversation à chaque fois que cela est possible.

 J’ai déjà évoqué plus haut les recommandations pour faire un séjour à l’international de meilleure qualité. Il faudrait enfin que la bourse soit réellement dispensée pour l’intégralité du séjour et à 100%. En effet, qui a réellement besoin de 25% de la somme à son retour dans l’hexagone ?

Si vous avez des choses à ajouter ou à commenter (j’avoue avoir été dur sur les cours de chinois, mais il serait temps qu’une réelle pédagogie se mette en place). N’hésitez pas.

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