Demain, plus de 9 millions de lycéens chinois vont passer ce que l’on considère (au sens propre) comme l’examen le plus important de leur vie. Pour faire vraiment très « simple », c’est une version chinoise de notre Baccalauréat. Le titre officiel de cet examen est le 中华人民共和国普通高等学校招生国统一考试 (Zhōnghuá Rénmín Gònghéguó pǔtōng gāoděng xuéxiào zhāoshēng quánguó tǒngyī kǎoshì) ou L’examen supérieur national d’entrée à l’université de République Populaire de Chine - plus communément appelé le 高考 (Gaokao).
L’idée de cet article est venu à la suite d’un documentaire de 2007 dépeignant la vie d’un lycée du Fujian (福建省) et d’une classe de Terminale (高三) durant une année scolaire. Le documentaire dure 90 minutes et se révèle assez impressionnant au niveau humain, avec des méthodes employées à la limite de la torture psychologique pour les élèves. Il reflète très bien l’environnement à la fois familial mais aussi institutionnel. On comprend énormément de choses grâce à ce film qui fut récompensé lors d’un festival à Chicago en 2009. Le documentaire est sous-titré en anglais, ce qui permet au plus grand nombre de le découvrir si vous l’aviez manqué (3 millions de visionnages sur Youku). La description du film sur Youku suivi du documentaire en question :
Documentaire se déroulant dans un Lycée généraliste du Fujian. Il suit la vie d’étudiants en classe de terminale jour après jour, en surface et en profondeur avec des moments douloureux et des joies. Le professeur principal sévère mais au grand coeur empêchera tout relâchement de ses élèves, qu’ils soient studieux ou travailleurs. Il s’attachera aussi aux élèves en difficulté. Avec les parents de élèves de cette classe, qui confieront leurs expériences personnelles, cette classe de terminale va tenter de se surpasser en termes individuels espérer de bons résultats. Ce documentaire est « vrai » et honnête à travers ses témoignages. Il permet aux spectateurs de ressentir non seulement le combat persistant pour l’idéal de réussite chez ces jeunes mais aussi d’avoir des pincements aux coeur (en chinois : avoir des arêtes des poissons dans la gorge) et des émotions.
Demain, les étudiants vont donc s’atteler à passer cet examen qui varie suivant les provinces et la démographie. On observe des discriminations à l’encontre des zones les plus peuplées, la demande étant très forte. Par exemple, Beijing et Tianjin auront un volume de demandes très importants et très peu d’universités. L’entrée à l’université suivra les résultats du Gaokao. Les résultats fluctuent chaque année et la sélection s’effectuera sous forme de quotas dans chaque université. De plus, le Gaokao se révèle complexe car il en existe plusieurs types, loin de l’idée « d’une Chine unie et uniforme ». Depuis le milieu des années 80, les décrets provinciaux peuvent modifier les modalités du Gaokao.
Les matières du Gaokao sont réparties de la manière suivante. Trois matières obligatoires : le chinois, les mathématiques et une langue étrangère. Les autres matières dites standards sont : la physique, la chimie, la biologie mais aussi l’Histoire, la géographie et l’éducation politique. Il faudra en choisir trois (donc 6 matières au total). Les futurs ingénieurs ou étudiants en sciences sociales vont le plus souvent sélectionner les matières standards convenant à leur future spécialité. De plus, certaines provinces ont inscrites d’autres matières à l’examen (souvent facultatives dans les admissions à l’université).
Le Gaokao attire chaque année des tentatives de triches. Une enquête de police a récemment conduit à l’interpellation d’une vingtaine de personnes et au démantèlement d’un réseau de malfaiteurs. Ils avaient obtenu des feuilles du test avant l’heure et proposaient de les revendre. D’autres étudiant ont été lourdement sanctionnés pour avoir triché durant l’examen à Chengdu en 2011 (成都). Cet examen reste tous les ans assez exceptionnel au quatre coins du pays.
Demain, les rues seront calmes, les constructions et travaux arrêtés et on demande au plus grand nombre d’éviter tous les bruits susceptibles de distraire les étudiants en plein examens (qui durent 3 jours en général). C’est aujourd’hui la dernière ligne droite et de nombreux messages sur Sina Weibo d’étudiants ou de professeurs le confirment. Anecdote amusante, le Mac Donald’s d’Urumqi (新疆省乌鲁木齐) offrira un petit-déjeuner à tout étudiant passant le Gaokao en montrant simplement sa carte d’étudiant.
Après l’examen, le « combat » est loin d’être terminé. Le système de classement rendra la tâche plus compliquée aux élèves moyens car c’est avant tout le bachotage et a priori les heures passées en cours privés qui donneront des résultats convaincants dans ce type de « concours ». Le principe de recrutement des Universités se fait lui aussi en amont. Un étudiant (comme un bachelier en France) aura trois choix ou souhaits pour l’année suivante. S’en suit un dilemme assez cornélien : il faut être sûr que la première université accepte l’inscription sinon la deuxième refusera l’entrée de l’étudiant. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’étudiant en question « n’aurait pas la motivation nécessaire » pour qu’une université qu’il juge « moyenne » l’accepte. La deuxième université ne donnera pas suite et la troisième encore moins. Il faut donc donner des choix « objectifs » pour que les demandeurs soient acceptés du premier coup. C’est pour cela qu’en dépit de bonnes formations dans certaines écoles et universités, de plus en plus de parents inscrivent leurs enfants dans des cursus « internationaux » où les élèves passent l’équivalent du A-Level britannique (ou AST) afin de suivre leur troisième cycle à l’étranger (plusieurs lycées proposent cette formule à Shanghai – comptez plus de 30.000 RMB soit 4500 euros l’année).
En quelque sorte, c’est un jeu d’échecs qu’il faut battre, un système assez discutable mais qui tend à être bien ficelé. En cas de « moyenne » trop basse ou d’échec au Gaokao, l’étudiant pourra toujours se rebattre sur une école professionnelle (大专 ou spécialisée) qui ont d’assez bons résultats en termes d’embauches (mais à un salaire faible). Le reste se retrouvera dans la génération des fourmis. Ces fourmis vivent dans des dortoirs nichés dans les banlieues des grandes métropoles. Les jeunes s’y retrouvent et aspirent à un système qui veut embaucher et non seulement « former ». Cette formation est justement beaucoup trop concentrée sur les QCM, les apprentissages et les tests par-coeur. Je vous conseille de lire cet excellent article de Jan Kaesebier pour Tea Leaf Nation concernant la « Lhasa Road Elementary School de Nanjing » (江苏省南京市) qui forme les « élites » d’une manière très brutale. Voici un court extrait traduit d’un ancien élève de l’école :
Au moment ou je suis rentré en sixième, il y a eu une compétition pour la Nanjing Foreign Language School… D’abord des cours supplémentaires le samedi matin qui se sont transformés en journées entières à l’école. Après cela, le professeur a emmené les élèves les plus prometteurs à des cours privés dès sept heures du matin. L’après-midi, après la fin officielle des cours, nous continuions à étudier pour ce championnat de mathématiques; le soir, nous étudiions chacun de notre côté jusqu’à sept heures du soir. Je suis dès lors devenu un grand buveur de café.
En effet, les élèves, afin d’intégrer les meilleures universités sont soumis à une cadence infernale. Les parents quant à eux, suivent et paient des fortunes pour des maisons vétustes, mais situées aux alentours de ces écoles « pour élites » (cela peut rappeler notre belle carte scolaire). L’enfant n’a ainsi plus d’autres choix que de réussir l’examen. Dans le pire des cas, il y a une voie sans retour : le suicide. On note tous les ans en Chine une recrudescence des suicides chez les adolescents à cette période.
Enfin, même si l’étudiant réussi à s’inscrire dans l’université de son choix la tâche sera loin d’être terminée car les recruteurs recherchent de plus en plus des talents individuels avant des compétences académiques. Les quatre années du 本科 (Benke), le Bachelor/Licence chinois ont comme gros problèmes l’absence de formation pratique (parallèle possible encore une fois). Une enquête publiée commandée pour le cabinet Regus indique que seulement 9% des recruteurs accordent une importance « capitale » au parcours académique, bien loin derrière les expériences professionnelles (27%). La maîtrise de langues étrangères et la personnalité elles aussi arrivent loin devant l’éducation avec 21% des recruteurs qui les considèrent comme essentielles. On peut donc se douter en clair que les problèmes du Gaokao, de la pression parentale ou encore des étudiants en eux-même ne sont qu’un écran de fumée lorsqu’il s’agit d’entrer sur le marché du travail. Sans vouloir encore parler du 关系 (guanxi – relations/pistons), évidemment …


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